BERNARD DE BOSSON

Dans les années 70,  W.E.A était une des plus grandes Maisons de Disques mondiales et regroupait les 3 labels US 

Warner – Elektra – Atlantic .

 

Bernard qui en était le grand Manitou en France avait créé le catalogue local en signant entre autres Michel Berger – France Gall – Michel Jonasz – Véronique Sanson.  J’avais le privilège de les produire sur scène.

 

Dans son bureau trônait un piano à queue et il n’était pas rare que l’un de ses Artistes, de passage dans le bureau pour saluer leur ami se mette au piano pour lui offrir quelques notes.

Avec Bernard, on parlait 5 minutes d’argent et des heures de musique… il était l’ami de ses artistes, de ses collaborateurs et son goût pour la bonne musique l’amena à découvrir de nombreux talents ( voir plus haut ) et à les porter au sommet…

Je me souviens d’une anecdote très révélatrice : alors que je produisais la 1° Tournée de Michel Jonasz, qui était loin de remplir le salles mais auquel je croyais beaucoup,  je fus réveillé un matin par un appel de mon banquier m’avertissant qu’un chèque venait de se présenter et qu’il ne pourrait être honoré, faute de provisions suffisantes sur mon compte, alors que mon plafond de découvert avait été largement dépassé…

Il nous restait des dizaines de dates à assurer et sans l’aide de ma banque, il me faudrait tout arrêter, je perdrai l’Artiste et ma Société…

C’est alors que me vint l’idée d’appeler Bernard… Après un rapide état de la situation, la réponse fusa : « tu as besoin de combien ? » j’avançais un chiffre insuffisant pour me mettre à l’abri mais raisonnable pour lui et qui me permettrait de faire attendre et de rassurer le banquier…  Bernard me dit « envoie moi ton RIB et je te fais faire un virement au titre de « Tour Support » puisque grâce à ta tournée déficitaire le nom de Michel grandit et m’aide à vendre un peu plus ses disques…

Ce jour là Bernard m’a sauvé et permis de poursuivre ma route…

C’est dans son bureau que Véronique Sanson, venue lui faire un « Coucou » rencontra Stephen Stills ( de Grosby – Still – Nash & Young ) de passage à Paris qui la prit par la main et l’emmena à Los Angelès … Sa vie a basculé ce jour là et les années américaines de Véro commençaient…

Il fut également à la base de la création de STARMANIA en tant que producteur du disque original et aida financièrement à créer pour la scène la 1° version au Palais des Congrès avec France, Diane Dufresne, Daniel Balavoine, Fabienne Thibeault, Claude Dubois …

Outre ses qualités et son flair artistiques, Bernard était un fin gourmet et un œnologue raffiné qui adorait faire découvrir à ses Artistes et ses amis les bonnes nouvelles adresses, du petit bistrot place de la Gare à Houilles au Triple Etoilé.

Il fut le meilleur R.P de Guy Savoy lorsque ce dernier s’installa à son compte en 1980 rue Duret, sans aucune Etoile…

Je ne l’ai plus vu depuis des années, je ne sais pas ce qu’il devient et je m’en veux de ne pas oser décrocher mon téléphone pour lui demander de ses nouvelles et lui dire combien je l’aime et lui suis reconnaissant !

Ceux qui fréquentent les maisons de disques au XXI ° siècle ne peuvent imaginer ce qu’était W.E.A  dans les années 70/ 80 à la grande époque … Le « streaming » n’avait pas été inventé, Internet appartenait au domaine de la Science-Fiction, et jusqu’en 1981 il n’y avait que 3 radios nationales.

Quelques groupes se partageaient le marché. Pour vous donner une idée de comparaison, voici les ventes nécessaires pour être certifié dans les années 80 et maintenant :

1980                                    

  • Disque d’Or 100.000                             
  • Disque de Platine : 400.000                             
  • Disque de Diamant 1.000.000       
 

2023

  • Disque d’Or  50.000
  • Disque de Platine 100.000
  • Disque de Diamant 500.000
 

De plus, dorénavant il ne s’agit pas uniquement de Ventes de CD physiques puisqu’une équivalence est calculée en fonction du nombre de téléchargements depuis les plateformes… Autant dire que les maisons de disque sont appelées à disparaitre à moyen voire à court terme …

Les patrons de labels sont devenus des épiciers. Les chiffres ont remplacé les notes… les courbes prévisionnels du marché les portées … 

Chaque Artiste avait un Directeur artistique attitré… de nos jours il a été rebaptisé Chef de produit ! CQFD

Avant, un Artiste signait dans une maison de disques parce que le discours du patron le séduisait… maintenant c’est le nombre de zéros sur le chèque qui sert d’unique motivation…

Tu as quitté le métier au bon moment Bernard, car tu ne te reconnaitrais pas dans le nouveau monde de la musique …

11 Comments
  • MAZE

    janvier 13, 2023 at 11:24 Répondre

    Merci Claude pour ce rafraîchissement de notre trajectoire et cette époque incroyable qui a permis de nous rencontrer et de travailler dans une confiance renouvelée. Notre collaboration de 78 à 2016 réchauffe encore mon cœur…
    Effectivement, le passage de la production « roulée sous les aisselles «  au Crédit Mutuel qui donne le LA pour la Musique live m’incite à m’éloigner de ce barnum mercantile et me concentrer sur du local associatif … Small is beautyfull !

  • Zeitoun Valery

    janvier 13, 2023 at 12:17 Répondre

    Un seigneur qui rend hommage à une autre seigneur.

    Quel plaisir de lire ces lignes surtout quand, comme moi, on a eu la chance de connaître Bernard, et la chance de travailler avec toi.

    Aujourd’hui les saigneurs ont remplacé les seigneurs et le minable mot « rentabilité » a remplacé l’artistique.

    Je réalise en te lisant que j’ai eu beaucoup de chance de vivre « l’écume » de ces belles années où les sociétés n’étaient pas encore cotées en bourse, ou travailler avec tel ou tel artiste avait un sens, et où le mot « industrie » n’était pas encore accolé à « musicale ».

    J’ai quitté Universal le jour où mon patron m’a demandé « d’arrêter d’aimer les artistes que je produisais « …
    Ce qui avait fait mon succès devenait mon handicap.

    Alors merci pour ces quelques lignes sur l’immense Bernard.

    Je t’embrasse.

  • Eugénie Gros

    janvier 13, 2023 at 1:02 Répondre

    C est une belle anecdote très bien écrite et en plus on en apprend beaucoup sur le métier et son évolution !
    Merci!!!

  • CAMUS Jean Claude

    janvier 13, 2023 at 1:24 Répondre

    Quel plaisir de parler de ce passé qui nous a tant fait vivre de prestigieux moment et où l’humain existait encore .
    Bravo mon Claude que j’aime

  • Dupont Moreau

    janvier 14, 2023 at 7:52 Répondre

    C est très intéressant. Merci Claude

  • Gormand

    janvier 14, 2023 at 4:32 Répondre

    Oui…. c’est un domaine où tu excelles quand tu nous faire vivre tes anecdotes, souvenirs et moments savoureux…… j’espère qu’avant que tu oublies tout….. tu nous en fera partager d’autres :-):-)

  • Nyna

    janvier 15, 2023 at 4:49 Répondre

    Quel bel hommage! Merci pour ce partage, ces souvenirs que tu évoques sont précieux. C’est un grand Monsieur!!
    C’est beau de voir que certains êtres sont animés par de belles valeurs…et puis il y a les autres… ceux qui se sont perdus par manque de bienveillance et de sensibilité.
    Je t’embrasse,
    Une artiste discrète qui t’aime.

  • le dresseur

    janvier 16, 2023 at 9:26 Répondre

    Bon bah, je connais pas les Michel Berger – France Gall – Michel Jonasz – Véronique Sanson alors jeslai googlelisé. Verdict, comme rappeurs et rappeuses y sont pas top.
    Pour l’argent, aujourd’hui y a Cofidis, comme quoi c’était pas toujours mieux avant.

  • Beller

    janvier 16, 2023 at 8:26 Répondre

    Merci Claude que de beaux souvenirs
    Quelle belle époque qui nous manque
    Ainsi vont les choses
    Heureusement la mémoire est toujours là
    Je t’embrasse
    Georges

  • Gaucher Michel

    janvier 18, 2023 at 1:12 Répondre

    J’ai eu l’occasion de croiser plusieurs fois Bernard de bBosson et de travailler souvent pour les artistes qu’il produisait surtout à l’époque de Wea ainsi que pour Polydor et autres .
    C’est un fin mélomane ,ouvert à toutes les la musiques et amoureux des artistes .
    La classe !!
    Le moule est cassé je pense …

  • Gaucher Michel

    janvier 18, 2023 at 3:26 Répondre

    J’ai eu l’occasion de croiser plusieurs fois Bernard de bBosson et de travailler souvent pour les artistes qu’il produisait surtout à l’époque de Wea ainsi que pour Polydor et autres .
    C’est un fin mélomane ,ouvert à toutes les bbamoureux de la musique et des artistes .

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