CARRE V.I.P (12)

Il était 0h30, nous sortions d’un concert épouvantable, ma femme m’ayant trainé voir ce pseudo-chanteur sexagénaire à la coiffure destructurée, jouant à l’ado attardé au milieu d’un Groupe musical qui, bien qu’ayant perdu tous ses membres, à l’exception de son « leader », a gardé son nom d’origine. C’est comme pour le « Camembert Président », la qualité du produit ne s’est pas amélioré, mais l’emballage et le nom sont restés les mêmes, loi du marketing oblige … après l’avoir entendu chanter faux durant 2 h devant un public ravi de retrouver sa jeunesse envolée … (comme punition, Nathalie n’a pas eu de chocolat à Pâques …) nous nous retrouvâmes dehors, un soir de semaine sous une pluie glacée…

Trop c’est trop ! il fallait que je me remette sur de bons rails, avant de me jeter dans les bras de Morphée. Seule solution : un Souper dans un restaurant agréable, pas bruyant comme une brasserie, pas vomitif comme un plat de restauration rapide, pas hors de prix comme une bouteille de Champagne dans une boite de nuit…

N’étant ni à New York, Berlin ou Barcelone, le choix n’était guère aisé, faute de solutions … De nos jours, à Paris, « la Ville Lumière », il faut manger comme les poules … Fort heureusement, les touristes qui visitent notre capitale dinent à 19h30, ils ne peuvent donc pas se rendre compte… Les apparences sont sauves …

Mais revenons à nos moutons … Mon épouse (dans notre couple, elle est infirmière, lectrice et Secrétaire d’Etat aux loisirs) me suggéra le nom d’un restaurant proche des Champs Elysées, où une partie du « Tout Paris qui rote et qui pète » aime à se retrouver pour des bacchanales nocturnes …
Un rapide coup de téléphone, ( on n’est jamais trop prudent ), car un mercredi tout est possible , même une fermeture à 23h d’un restaurant dit de nuit, faute de combattants (nous sommes, je le répète, dans une Capitale qui se meurt à petits feux) et nous avions la confirmation que nous étions les bienvenus …

A peine arrivés, un rapide coup d’œil circulaire me fit comprendre que j’aurai une digestion chaotique et que la soirée allait être définitivement pourrie : les tables autour de nous regorgeaient de personnes que je n’inviterai pour rien au monde dans notre modeste squat …

En plein milieu trônait une table ronde, où étaient attablés 8 convives dont un couple qui a comme perpétuel souci de se retrouver dans les magazines people : lui en chemise blanche ouverte jusqu’au nombril, les cheveux poivre et sel savamment coiffés pour mettre en valeur son côté « philosophe à deux sous – baroudeur de l’extrême » …

Je pensais « c’est drôle, à une lettre près, il aurait pu être coursier »  ! Comme quoi le destin tient parfois à peu de choses …

Sa compagne riait à gorge déployée avec un accent qu’elle entendait faire résonner dans la salle, pour être certaine qu’on les avait bien reconnus… il faut dire que Madame est comme un VRP multi cartes : comédienne – chanteuse – danseuse ( mais qu’avec les Stars ) strip-teaseuse et j’en passe ( je ne veux pas me retrouver au tribunal ) ! On sentait qu’il s’agissait de retrouvailles, après une intense période de stress pour elle, qui avait attendu son beau chevalier blanc, « sa Lumière » comme elle le surnomme, car il avait dû faire un rapide AR en Syrie ( dans la partie entièrement contrôlée par le « grand démocrate », faut quand même pas exagérer, les assurances mettant des limites …) dans la journée, dans son jet privé afin d’effectuer un reportage pour un hebdomadaire appartenant à une famille amie.

A peine avait il atterri, que sa coiffeuse-maquilleuse et son habilleuse le rejoignaient sur le tarmac. La première le décoiffait légèrement (c’est quand même fou que les soldats en période de conflit aient toujours les cheveux ébouriffés  …) tandis que la seconde l’aidait à enfiler un treillis-camouflage fait sur mesure du plus bel effet, tout en conservant sa chemise blanche toujours ouverte jusqu’au nombril… ( quand on a un signe distinctif, on le garde quelles que soient les circonstances, pour être certain d’être reconnu, comme ce journaliste qui squatte les plateaux télé et qui porte en permanence son écharpe rouge, même un 15 Août à 15h, en string bleu sur la plage de Palavas les Flots …je vous laisse imaginer la scène…) on lui passa une paire de jumelles autour du cou, on l’embarqua dans une jeep direction l’autre côté de l’aéroport et la séance photo pouvait commencer…

1H montre en mains avec une équipe de figurants triés sur le volet, dignes d’un film de Francis Ford Coppola et le tour était joué … Jeudi prochain il y aura 8 pages sur l’ Aventurier du XXI° siècle qui met sa vie en danger pour sauver un Pays miné par la guerre civile … Après avoir sauvé la Lybie, il ne peut plus s’arrêter … quand on prend goût aux bonnes choses…

Retour sur le tarmac, échange du treillis avec un pantalon Dolce & Gabbana noir, démaquillage soigné (un dîner important l’attendait à Paris …) et remise en place des cheveux grisonnants … il remontait dans l’avion, le torse bombé tel Mermoz à l’escale de St Louis du Sénégal, saluait-on ne sait qui, l’aéroport étant vide, et retour au Bourget …

Je ne réalisais pas à ce moment que j’avais le privilège de côtoyer, provisoirement certes, un monument de culture et de courage, pour ne pas dire de témérité, un émissaire de la Paix que tous les Pays occidentaux nous enviaient … il faut dire que Paris Match n’étant pas encore paru, j’avais donc des circonstances atténuantes…

Une fois « les Rognons comme ma Grand-Mère » et la « Darne de Saumon Sauvage à l’Unilatérale » commandés (devinez qui a pris quoi …) accompagnés d’un Condrieu de chez Georges Vernay, je quittais des yeux le « Rambo de l’Avenue Georges Mandel » pour une table encore plus bruyante où s’agitait un énergumène parlant avec les mains … on aurait dit un Italien

« C’est drôle pensais je … il a l’air âgé malgré un bronzage garanti  « Concept Soleil » et un lifting à la « Arnold Schwarzenegger »  (il faudrait que je lui demande le nom de son chirurgien si un jour j’avais la bêtise de vouloir faire la même chose afin d’aller à la concurrence…et pendant que j’y suis, je lui demanderai également le nom de sa coloriste car j’ai rarement vu des cheveux noirs corbeau avec autant de jolis reflets roux …) et pourtant sa vraie vie a commencé en Mai 1987… »

« Dis-moi, qui est cette personne, il me semble l’avoir déjà rencontrée, mais je n’arrive pas à mettre un nom sur son visage ? » me demanda mon épouse …

« Je vais te donner son métier et tu me donneras son nom » …

« Tu es fou, comment puis je trouver un nom avec comme seul indice un métier ? »

« Parce qu’il est le seul au monde à l’exercer … »

« Comme le Père Noël ? »

« Moi aussi je croyais que le Père Noël était unique jusqu’à ce que j’en rencontre 10 un 20 Décembre devant les Galeries Lafayette et autant devant le Printemps… Non lui il est vraiment le seul … »

« Bon je te crois, alors quel métier exerce-t-il ? »

« Frère d’une chanteuse décédée … »

« Et tu trouves que c’est un métier ça ? »

« A priori non, mais exercé par lui, c’est plus qu’un métier : c’est une vocation, un sacerdoce… grâce à son professionnalisme et à son dévouement, il est reconnu partout, ne fait plus la queue aux portiques de sécurité des aéroports, ni aux caisses de chez Auchan, c’est un V.I.P (Vrai Italien Populaire ) … un vrai… »

Petite digression : je me suis toujours demandé pourquoi la communauté Gay qui est connue pour avoir un goût sûr pour les vêtements, la décoration et que sais je encore, a, à l’opposé, des préférences, disons bizarres pour ne blesser personne, en matière de musique : une grande majorité est totalement Fan de : Chantal Goya – Sylvie Vartan – Dalida – Mylène Farmer … on ne peut pas dire que ce soient de jolies voix : la première chante comme la G.O du tir à l’arc du Club Med de Cap Skirring, la seconde a chanté faux toute sa vie mais elle progresse d’année en année ( mais où donc va-t’elle s’arrêter ?) « La sœur de » ne chantait guère mieux mais plus fort et avec un accent à couper au couteau, dans une robe qui la faisait ressembler à une sirène, quant à la dernière son statut « d’icône absolue » n’est pas dû à la puissance de sa voix… il faudra que l’on m’explique …

Laissons cette 2° table pour nous rapprocher des toilettes… une table à cet endroit n’est pas un gage de reconnaissance de la part du patron, mais il faut bien l’attribuer lorsque le restaurant affiche complet, ce qui est souvent le cas de cet établissement…

Ce soir elle est dévolue à un couple à l’apparence « glamour canada dry », entrevu assez souvent dans la page « ils étaient invités ce soir à recevoir un téléphone portable gratuit contre une photo et un sourire de commande. » ;Ils semblent heureux et amoureux bien que contrariés par la place qui leur a été dévolue, car ils ne peuvent être vus par toute la salle… seules les personnes allant aux Toilettes pour un besoin pressant ( qui est très variable selon les êtres … je ne précise pas ne voulant pas franchir la ligne … blanche !… ) pouvaient les remarquer et l’on s’arrête rarement quand on a une envie subite …

Lui est producteur, vieux beau aux tempes argentées … elle est devenue à son contact, et après la signature d’un contrat de mariage âprement négocié, son alter ego et se targue de posséder des qualités que la profession refuse de lui reconnaître … les gens sont si jaloux ! … elle passe son temps sur Twitter à avertir ses « followers » que ce mardi elle a « 15 amis » de plus qui se sont déclarés sur l’ile des Galapagos et elle assure que ce ne sont pas des tortues … et cette nouvelle suffit à la remplir d’aise et justifie qu’elle ait « fait chauffer » la CB Infinity du compte joint dans les petites échoppes de l’Avenue Montaigne…

Petite digression (c’est la dernière ! promis …) : dans ce métier, il y a 2 sortes de producteurs :

– Ceux qui ont un vrai goût artistique et qui « forment une écurie » aux talents cohérents et complémentaires, qui sont des artisans qui font du cousu main, du sur mesure … c’est une espèce en voie de disparation, comme les rhinocéros blancs …

– Et puis il y a les autres, les plus nombreux, dont notre héros est l’exemple le plus représentatif : il ne choisit pas, il prend tout ce qu’on lui offre … je suis certain qu’il dirait même « oui » à un de ses artistes qui lui proposerait sa grand-mère faisant du trampoline avec un phoque (à condition que le phoque ait ses papiers … pas de prise de risque avec l’administration !). Cette race de producteurs s’est retrouvée concentrée au cœur de quelques gros groupes en perdant bien évidemment leur identité mais en compensation, ils mourront riches en euro et en désillusions…

Je quittais cette table des yeux, mon attention étant attirée par un couple entrant avec classe et simplicité. Elle était jolie, blonde, élancée, souriante, classe et tenait par le bras un bel athlète dont on devinait « les tablettes de chocolat » sous la parka, c’est dire… ils reconnurent Nathalie et s’approchèrent de notre table …

– « Bonsoir les amoureux »

– « Bonsoir vous deux … » répondit mon épouse.

– « Je n’aurais jamais imaginé que ton mari puisse venir dans ce genre d’endroit… » dit le bel homme

– « Moi non plus, mais il avait faim et dans ce cas, et uniquement dans ce cas, il est prêt à toutes les compromissions et trahisons… Je n’ose imaginer ce qu’il aurait pu faire dans les années 40 le ventre vide …»

– « Oui mais là quand même… il fait fort ! »

Je pris alors la parole :

– « Excusez-moi, mais si j’avais su que l’on acceptait les noirs dans ce restaurant je ne serai pas venu … »

Notre ami partit d’un franc et sonore éclat de rire ( bien que je lui ai déjà fait cette blague de mauvais goût sur son catamaran …il avait dû oublier ) laissant apparaître « ses dents du bonheur » que la France entière lui enviait …

– « Mettez vous à notre table … » leur proposa Nathalie qui les adorait. De plus, soyons honnête, leur arrivée lui permettait d’échapper provisoirement à mon humeur maussade, même si elle reconnaissait que j’avais des circonstances plus qu’atténuantes.

– « François, pouvez-vous ajouter 2 couverts ? »

– « Bien sûr »

Aussi vite dit, aussi vite fait… la clientèle était insupportable mais le personnel parfait … nous  regardâmes nos deux amis dîner en parlant de tout et de rien,  comme nous le faisions lorsque nous passions des soirées ensemble,nous commandâmes une 2° bouteille de Condrieu ( c’est ma Goutte qui va se régaler … ) et la fraicheur qui était entrée dans ce Restaurant avec leur arrivée m’avait fait un bien fou… Comme en plus il avait un coup de fourchette au moins aussi rapide que son coup de raquette, nous ne trainâmes pas …

Comme quoi, je dois être né sous une bonne étoile car même dans les moments les plus pénibles du quotidien (il y a pire, je vous le concède…) entre les gros nuages noirs apparaît toujours une éclaircie …

Merci mon Dieu ( oui mais lequel ?…)

Petite remarque liée à l’actualité : Cécile Duflot vient d’annoncer qu’elle quittait la politique ! ce ne serait pas l’inverse plutôt ? ( ils osent tout ces gens …) vous voyez qu’il y a parfois de bonnes nouvelles …

A Mardi … peut être

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