L’ENFANT ROI (08)

– « Non mon chéri, arrête s’il te plait … »

Combien de fois a-t-on entendu cette phrase dans le compartiment d’un TGV filant à 300 km/h ? Vous pensez sans doute qu’il s’agit de parents qui s’adressent à leur enfant en train de sucer son pouce… que nenni ! ce charmant bambin est un monstre à 2 pattes courant dans l’allée centrale du wagon depuis 1 heure en poussant des hurlements et en bousculant des personnes âgées désireuses d’aller rapidement aux toilettes, leur prostate ayant grossi plus que de raison…

Et en avion, n’avez-vous jamais reçu des coups de pieds dans le dossier de votre fauteuil ?  Vous vous retournez, une fois, 2 fois, dix fois, le regard noir, espérant une réaction des parents se trouvant de part et d’autre de leur « trésor » … vous souhaitez les regarder droit dans les yeux mais vous constatez que le père, comme par hasard, est attiré de façon irrépressible par le hublot tandis que la mère lorgne vers ses chaussures avec insistance…

Vous vous permettez alors une remarque :
– « Pardon, mais ne pourriez-vous pas demander à votre fils d’arrêter de me donner des coups de pieds ? »

La réponse fuse :
– « Ecoutez c’est un enfant… vous n’en n’avez jamais eu d’enfants, vous ? »
– « Si mais le mien était bien élevé et n’emmerdait personne »
– « Timothée, mon chéri, arrête d’ennuyer le monsieur. Tu vois bien qu’il n’aime pas les enfants … »

Pour toute réponse le charmant bambin redonne une série de coups de pieds dans le même dossier du même fauteuil, en regardant son père pour bien lui montrer « qui commande dans la famille » … mais son géniteur s’est déjà retourné vers le hublot pendant que sa femme a repris la contemplation de ses chaussures achetées en solde chez Eram…

Je déteste à 99 % les enfants des autres… et en même temps je culpabilise devant cette haine, car si l’on réfléchit bien, les enfants sont les premières victimes de l’éducation reçue de leurs parents… qui ont suivi aveuglément les leçons d’une personne irresponsable, qui est à l’origine de la : « Doltomania » …

Ne cherchez pas ce mot dans le dictionnaire, il n’existe pas mais il m’est venu naturellement à l’esprit, car cette dangereuse doctoresse qu’était Françoise Dolto, partant du principe que les parents exerçaient « un dressage » (oui vous avez bien lu, un dressage, comme dans les cirques quand le dompteur martyrise les pauvres Rois de la Savane ( au regard voilé par les psychotropes qu’on leur administre ) au beau milieu d’un public béat d’admiration devant le maniement d’un fouet claquant sous le chapiteau …) a fait en sorte, à force de mensonges et de conseils stupides, de créer « l’enfant Roi ». N’oublions pas sa célèbre phrase : « Le Bébé est une personne ». Partant de ce principe, il ne s’agit plus d’apprendre les bases puis les subtilités de la vie en société à son enfant mais de lui « parler vrai ».

Quand vous apprenez à votre enfant à dire bonjour, à bien se conduire à table, à être sage en société, à vous écouter, à vous obéir, vous effectuez selon ses écrits « un dressage » tellement traumatisant qu’il en aura inévitablement des séquelles à l‘âge adulte. Alors que si vous le traitez comme une personne, il comprendra les règles de la vie en communauté et deviendra automatiquement un être intelligent et sociable. On peut voir plus haut le résultat de sa prédiction …

Prenons un exemple : vous donniez à manger une bonne soupe de légumes faite maison à votre enfant, il recrachait la première cuillère, surpris par un goût qu’il découvrait. Vous lui disiez d’une voix avec un ton qui se voulait convaincant :
– « Ecoute Sébastien, il faut manger ta soupe car sans cela tu resteras tout petit comme ton papa. »

Deuxième essai, second échec… vous montiez la puissance de votre voix, accompagnant votre remarque d’une très légère tape sur sa petite cuisse rose… l’enfant vous regardait l’air surpris, puis ouvrait la bouche… la 3° prise était la bonne, et pour toute sa vie, votre bambin devenu homme aimera la ( bonne ) soupe aux légumes …

Vivons la même scène en 2018 : déjà il faut savoir que la soupe faite maison a été remplacée par un potage en boite acheté sur le chemin de la maison dans un « 7 à 8 ».

Flash-back : on revient juste après le 1° essai infructueux. Le père d’une voix douce bien que professorale fait signe à son épouse de poser la cuillère et regarde avec une tendresse et une compréhension mâtinée d’agacement contenu leur enfant :
– « Mon chéri, Maman te donne ce bon potage Royco car les ingrédients qu’il contient t’apporteront tous les oligo – éléments dont ton corps de jeune enfant a besoin pour connaitre une croissance normale. Pense aux petits africains qui ne mangent pas à leur faim ce qui rend la mortalité infantile en Afrique cent fois plus … »

– « Ecoute Mortimer, ne penses-tu pas que Séraphin est un peu trop jeune pour entendre ta démonstration, certes remarquable par sa justesse et sa lucidité, mais, que lui demander tout simplement et gentiment d’avaler sa soupe suffirait largement ? »

– « Non Eléonore chérie, notre pédopsychiatre m’a bien précisé que nous devions argumenter toute injonction afin qu’il comprenne. Il a quand même 3 ans, il est temps de lui montrer le Monde tel qu’il est, de lui faire prendre conscience de la chance qu’il a d’être né en France, ce Pays des Droits de l’homme, dans une famille catholique pratiquante, qui paie l’ISF, qui n’a pas de compte Offshore malgré les lourdes charges qui pèsent sur ses épaules… Séraphin nous remerciera plus tard lorsqu’il reproduira pour le plus grand bonheur de sa descendance l’éducation que nous sommes en train de lui prodiguer… »

– « C’est vrai, tu as raison Mortimer, j’ai encore relu « Tout est langage » de Françoise Dolto, paru en 1995 (cadeau de sa mère lorsqu’elle a appris que « la chair de sa chair » allait à son tour donner la vie) où elle insiste sur la nécessité d’expliciter nos décisions à nos enfants. Et n’oublie pas mon Amour que c’est en suivant ses écrits que Séraphin a le privilège de consulter Arnaud de la Villardière (le frère du Rambo sur M6…), son remarquable pédopsychiatre qui le suit depuis la naissance… »

Ces deux scènes de la vie quotidienne enfantine vécues à quelques décennies d’écart illustrent bien l’évolution (ou la régression, à vous de choisir le vocable qui vous parait être le plus juste …) de l’éducation dans les quartiers privilégiés des métropoles.

Dieu soit loué (mais lequel ? …), cette descente aux enfers qui paraissait inexorable a été contre -balancée par la vulgarisation des nouvelles technologies, et nous recommençons à avoir la paix dans les restaurants, à ne plus subir les cris des enfants dès qu’ils sont reposés dans leur couffin, car alors que les parents tapent sur les touches de leur téléphone portable, chaque enfant a les yeux rivés sur sa tablette… pas un mot ne sort de leur bouche, et on peut à nouveau entendre le bruit des couverts dans nos assiettes . Hélas, par voie de conséquence, si vous prenez cette famille de 5 personnes ( 2 adultes et 3 enfants ) 4 portent des lunettes … Oui je sais, j’ai mauvais esprit … cela n’a rien à voir… l’hérédité dites-vous … « ils sont fous d’Afflelou » …

Mais revenons au sujet qui nous préoccupe : je pense qu’au-delà des dégâts causés à la petite enfance, suivre les préceptes de la « Gourou Dolto » a provoqué des effets secondaires notables, qui, liés aux difficultés économiques actuelles expliquent la génération « Tanguy ». A notre époque, à peine sorti de l’adolescence, nous n’avions qu’une envie, qu’un but : devenir autonome, voler de nos propres ailes, nous offrir un nid, (d’où le succès de la chanson de Michel Fugain « Fais comme l’oiseau » …) même modeste qui nous permettait de « vivre notre vie » … Cette indépendance tellement souhaitée n’était pas un rejet des parents, un désamour pour la famille, mais une soif de s’affirmer et d’affronter les obstacles inhérents à la vie d’adulte et à son quotidien…

Nous avions « obéi » durant des années, avions résisté aux affres du dressage, et nous souhaitions mettre en pratique les recommandations de nos parents que nous avions ingérées et acceptées, et abandonner sans état d’âme celles qui nous paraissaient inappropriées… Nous voulions « être libre ! » Pour cela, une seule solution : l’autonomie !

Le fait que le post-ado ait eu pour habitude depuis son état de bébé « d’être une personne », de vivre une relation biaisée avec ses parents, de faire ce qu’il voulait, d’avoir le statut de « l’enfant Roi » ont rendu la cohabitation acceptable dans un premier temps ( puisque c’est lui qui est le  »  Maître  » ), puis souhaitable, en raison des difficultés à assumer le coût exorbitant de la vie dans les grandes villes.

Toutes ces réflexions m’ont amené à me poser une question restée sans réponse à ce jour : comment expliquer que les générations « Enfant Roi » qui font régner leur « dictature » durant toute leur enfance, puis leur « mal-être » qui en découle à l’adolescence, puissent accepter l’érosion sournoise et quotidienne de leurs responsabilités dans leur vie d’adulte ?

Chaque jour voit fleurir une nouvelle loi pour restreindre la liberté individuelle, et le rebelle en culotte courte est devenu sans s’en rendre compte un mouton obéissant et servile en pantalon long …

Mon Dieu (mais lequel ? …) comment expliquez-vous cette métamorphose ?

A mardi …

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